Vous allez faire un tube ! | Maison Vagh

C’est l’été, il fait chaud, le théâtre se fait rare en cette période de doute et de post-confinement, mais La Reine Blanche propose un spectacle plein de fraîcheur pour l’occasion, une aventure interactive, une invitation à la création. Vous allez faire un tube ! est un spectacle que l’on pourrait qualifier d’ovnis. A mi-chemin entre concert décalé, cours en amphi-théâtre et laboratoire de création. Le principe est simple : 5 laborantins spécialistes des musiques à succès, plus communément appelées « tubes » transmettent leur savoir au public avant de lui proposer de créer de son propre tube.

JENPENSEQUOI

La première partie de ce spectacle est intéressante et propose un juste mélange entre transmission d’informations véridiques et humour en légèreté. Face à nous, quatre musiciens et une chanteuse très talentueux, capables d’improviser et de rebondir musicalement, à l’aise avec ce genre d’exercice. Seulement, un problème de rythme vient alourdir le tout. La mise en scène et la rythmique du texte sont parfois dissonantes et si on cherche à nous apprendre ce qu’est le rythme et la mélodie, ici, niveau jeu, on ne tombe pas toujours sur les temps. C’est dommage ! Car l’idée est intéressante et le texte l’exploite bien.

Ce n’est donc pas un problème de fond mais de forme. On voudrait plus de rythme, plus d’attaque et moins de noir-plateau. Cette première partie est entrecoupée de nombreuses pauses où la salle est plongée dans l’obscurité. Ce n’est pas essentiel car cela vient nous sortir d’une partie qui se veut déjà instructive…

Mais si le JENPENSEQUOI vous parle de ce spectacle, c’est qu’il vous le conseille. S’en suit le meilleur du spectacle : la création du tube ! À cet instant, on retrouve une équipe de comédiens et comédiennes libérés du texte et de la forme préconçue, à l’écoute du public et des réactions et quel plaisir ! Le spectateur devient acteur, proposant sa propre mélodie, son texte, son refrain, le tout pour aboutir à l’enregistrement de son propre tube. On se prend au jeu, on crie des paroles absurdes, et on cherche à tout prix à caser le mot « courgette ».

« Chamallow-Champagne », le tube du 30 Juillet 2020

Au final, on ressort de ce spectacle heureux d’avoir créé ensemble un morceau qui nous ressemble. Cette première partie, non mauvaise, mais un peu lente est vite oubliée et le sourire retrouvé.
Rendez-vous au Théâtre de la Reine Blanche avant le 9 août et vous verrez que vous aussi, vous allez faire un tube !

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Vous allez faire un tube ! – La Reine Blanche > 09 août 2020

https://www.reineblanche.com/calendrier/theatre/vous-allez-faire-un-tube

Un fil à la patte | Jérôme Deschamps (REPLAY)

L’orfèvrerie de l’humour au service d’un texte culte.

Spectacle disponible en ligne

Nous sommes dimanche soir, un soir comme tous les autres puisque nous sommes assignés à domicile depuis maintenant un mois. Les théâtres ont fermé leur porte, les sorties sont surveillées, la culture se fait rare. Et pourtant, ce soir là, un conseil se fait entendre : aller « au théâtre chez soi ». La comédie continue ! Chaque jour, la Comédie Française propose un programme de rencontres et de captations à voir ou revoir chez soi, des documents parfois inédits, des captations sorties des archives. Le dimanche soir, c’est sur France 5 que le rendez-vous est pris !

Un fil à la patte, mis en scène par Jérôme Deschamps en salle Richelieu en 2011 est diffusé, pour notre plus grand plaisir.

Bref rappel de l’intrigue ? Bois d’Enghien doit épouser sa future compagne, riche héritière de la Baronne Duverger, qui, pour animer la signature de leur contrat, engage Lucette Gautier, chanteuse adulée mais aussi amante du futur époux… la soirée s’annonce électrique lorsque le général Irrigua, fou amoureux de Lucette et Bouzin, minable clerc de notaire débarquent et se retrouvent au cœur de l’intrigue. Les portes claquent, les répliques fusent, les couples se déchirent puis s’entrelacent. Encore une fois, Georges Feydeau nous laisse entre les mains un bijou d’humour et de légèreté.

JENPENSEQUOI

Lorsqu’un texte se suffit à lui même pour vous faire rire et que vous ajoutez à cela une troupe de comédiens et comédiennes formidables, vous obtenez un succès à coup sûr ! Les captations de la Comédie Française ont l’avantage de nous laisser apprécier les visages des interprètes en gros plans et non en miniature depuis le troisième balcon. Et quelle joie !

Dans cette mise en scène très classique dans la forme, en costumes d’époque dans des décors à la pointe du réalisme, les membres du « Français » se donnent sans compter. Christian Hecq, dans le rôle de Bouzin, nous livre une performance à couper le souffle. Son personnage, risible du début à la fin est interprété à la perfection, jouant avec les mots, les sonorités, les silences, son corps semble manipulé telle une marionnette tant il se recroqueville. Une interprétation clownesque et acrobatique qui ne peut que vous saisir à coup sûr ! Cette dernière lui a d’ailleurs valu la remise du Molière du meilleur acteur en 2011.

À ses côtés, le talentueux Hervé Pierre, qui porte un Bois d’Enghien dépassé, nous rappelant un Gérard Jugnot que nous aimons tant. Il se retrouve tantôt clown blanc, tantôt au centre, tenant avec justesse et précision l’énergie de cette pièce survoltée du début à la fin.

Florence Viala est une parfaite Lucette, pleine d’énergie et de fougue, portée et soutenue par le talentueux Guillaume Gallienne et un Thierry Hancisse survolté en Général Irrigua. En face, Claude Mathieu nous propose une Marceline pleine de force et d’humour. Tous ont un point commun : leur précision et leur engagement qui nous fait tant de bien.

Le cocktail ne peut qu’être explosif ! On ri, on ri, puis quand on a terminé, on ri de nouveau. Cette pièce en trois actes fut un succès en salle Richelieu et on comprend pourquoi, elle parvient à crever l’écran avec talent !

Je vous vois venir… Pourquoi nous parler d’une pièce déjà diffusée ? Pas d’inquiétude. Le replay est disponible jusqu’à dimanche prochain ! Alors n’hésitez plus, prenez une pause de 2h et laissez-vous embarquer dans cette folle aventure, je vous l’assure vous n’en sortirez pas déçu !


Un fil à la patte, Salle Richelieu de la Comédie Française > En replay sur France.tv jusqu’au 13 Juillet 2020.

Cliquez ici pour accéder à la vidéo

Alice | Compagnie Les Xylophages

Une parenthèse musicalement drôle et réussie.

Alors que l’heure est au confinement et à la diminution des rapports sociaux, une bonne nouvelle s’annonce, la représentation d’Alice, par la Compagnie Les Xylophages prévue ce Samedi 14 mars 2020 au Théâtre de l’Épopée à Arcueil a bien lieue ! Je me prépare donc à voir mon dernier spectacle avant une longue période d’annulations et d’hibernation à domicile.
Dès l’entrée en salle, la metteure en scène Ariane Issartel nous plonge dans un univers sonore et fantastique assumé. La vingtaine de spectateurs présents ce soir-là prennent place dans une petite salle ou la disposition du public est un quadrifrontal, les comédiens jouent à 360 degrés.

Alice est une adaptation libre de l’oeuvre de Lewis Carroll. Nous partons dans l’esprit de la jeune blonde, dont ses rêves lui jouent des tours. Ici, le personnage éponyme est interprété à tour de rôle par les différents comédiens et comédiennes, alternant avec fluidité et intelligence de sorte à ne pas briser le fil de notre imaginaire.

JENPENSEQUOI

Conçu en écriture de plateau, ce spectacle a pris naissance en répétition, à l’aide d’improvisations des comédiens autour de l’œuvre originelle. Loufoque, délirant et dynamique, cette création est une réussite !

Comme à son habitude, Ariane Issartel nous propose une ambiance musicale et sonore immersive, a cappella ou accompagnée d’un unique violoncelle. Harmonie des voix, spatialisation du son, les Xylophages s’amusent avec nos sens et nos perceptions. Plongé dans le noir durant plusieurs minutes, une scène se déroule uniquement de manière auditive. Tantôt devant nous, soudainement derrière notre oreille, parfois à nos pieds, les personnages se parlent comme s’ils étaient le fruit de notre imaginaire qui vient se mêler à celui d’Alice. Cette spécificité des Xylophages, elle est ingénieuse et si agréable. Dans Le songe d’une nuit d’été, il était déjà question d’arrangements musicaux qui apportaient la touche d’évasion est de différence qui fait du bien. (Vous pouvez retrouver l’épisode de Scène Ouverte consacré à ce spectacle sur la page Podcasts, ndlr).

Une multitude de personnages se succèdent et se croisent. Les jeux de mots fusent, notamment lorsque les cartes à jouer, soldats de la reine de cœur, se retrouvent au centre de l’attention. Un florilège de calembours, parfois plus complexes. Le public ri à retardement, les comédiens s’en réjouissent, les jeux de mots surenchérissent. Conçu pour les enfants, mais pas que ce spectacle divertira autant les plus jeunes que les plus grands. Le public participe, inclus au centre du spectacle.

Restez connectés, d’autres dates vont peut être tomber… Alice vous attend !

Une histoire d’amour | Alexis Michalik

Un voyage sincère du rire aux larmes

Le succès et le talent d’Alexis Michalik ne sont plus à prouver. Celui qui est à l’origine d’Edmond, du Cercle des illusionnistes, du Porteur d’histoire, et qui mettra en scène en septembre prochain la comédie musicale Les Producteurs, au Théâtre de Paris a encore frappé.

Une histoire d’amour nous partage la vie de Katia, une jeune femme à qui la vie n’a pas fait de cadeau. Souvent blessée en amour, lorsqu’elle rencontre Justine, hétérosexuelle qui se découvre un amour pour la jeune femme, elle la met pourtant en garde, son cœur est fragile et elle s’attache vite, elle ne peut pas laisser de place à une simple expérience sexuelle. Sa mère étant décédée très jeune d’une maladie héréditaire, elle se doute que ses jours sont comptés et qu’elle devra un jour faire face au cancer. C’est ainsi que leur histoire d’amour débute. Puis Justine veut un enfant, les deux tentent une insémination artificielle, c’est Katia qui réussi, elle portera Jeanne, dont le père est anonyme. Seulement, quelques jours avant sa naissance, Justine, qui ne supporte plus de ne pas porter cet enfant, tombe amoureuse d’un homme. Elle laisse Katia seule avec cet enfant qu’elles avaient désiré à deux. Douze ans plus tard, Katia va mourrir. Il lui faut trouver un tuteur pour sa fille, et la seule option semble être son frère William, écrivain dépressif et dépendant à l’alcool suite au décès de son épouse, qui hante son esprit tel un fantôme, qui le maintient en vie et le tue.

JENPENSEQUOI

Quelle réussite. L’écriture d’Alexis Michalik, à la fois énergique et profonde, galope et ne laisse pas de place à l’ennui. Les décors s’enchaînent dans une fluidité remarquable, les personnages parcourent le temps sous nos yeux. Les premières pierres sont posées. Très rapidement, l’auteur et metteur en scène nous a fait parcourir 2 années de dramaturgie. Puis vient le noeud dramatique, la temporalité s’arrête et s’étire. Et c’est ça la force de cette pièce. Tel un virtuose, Alexis Michalik joue avec notre conscience, nous donnant les clefs essentielles à la construction d’une histoire, le tout avec légèreté et humour, avant de nous poignarder en plein cœur. Circassien des mots, il nous fait passer du rire au larmes avec finesse et fluidité.

Les comédiennes, Pauline Bression, Juliette Delacroix, Marie-Camille Soyer, sont justes, sincères et vraies. Et c’est également la force de cette création. En choisissant une thématique connue de tous les spectateurs, l’auteur et metteur en scène nous dévoile une parcelle de vie où fiction et réalité se confondent pour n’être plus qu’un. Alexis Michalik est également sur scène dans le rôle de William qu’il interprète parfaitement. Le rôle de Jeanne est quant à lui interprété par trois jeunes filles en alternance : Lior Chabbat, Violette Guillon et Amélia Lacquemant.

Ne tardez plus, les salles sont pleines et des sièges ont été ajoutés sur les côtés de la scène pour répondre à la forte demande, et on comprend pourquoi !

Encore une fois, la plume d’Alexis Michalik m’a séduit.

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Une histoire d’amour – La Scala Paris > 31 mai 2020

https://lascala-paris.com/programmation/une-histoire-d-amour/

La Mouche | Valérie Lesort et Christian Hecq

Quand la sincérité s’offre au spectateur

Il est 20h15, la sublime salle des Bouffes du Nord se remplie petit à petit. Devant nous, une scénographie d’un réalisme bluffant. Une caravane est garée dans une cours, le long d’un grand garage, devancé d’un jardin d’herbes et de graviers. Christine Murillo, allias Odette apparaît dans son habitat, elle est d’une sincérité touchante, on s’attache à ce personnage de grand-mère bonne vivante. Elle vit avec son fils, Robert, interprété par le talentueux Christian Hecq. Tous deux ont un point commun : La Comédie Française. Si Christine Murillo a quitté la maison de Molière en 1988, celui qui interprète ici son fils en fait toujours partie. Robert est un passionné de sciences et d’atomes. Il travaille sur la téléportation, au plus grand questionnement de Marie-Pierre, interprété par la co-metteuse en scène, Valérie Lesort. Tout cela va déraper et c’est l’Inspecteur Langelaan, alias Stephan Wojtowicz qui est chargé de s’occuper de l’affaire.

JENPENSEQUOI

Quelle joie de recevoir le cadeau que nous offre les quatre comédiennes et comédiens au plateau, une interprétation sincère, drôle, parfois déroutante, voir dérangeante de cette intrigue d’une France profonde de la fin du XXème siècle. Christian Hecq réalise ici une performance d’interprétation et de travail corporel. Il est transcendé par un personnage qui ne cesse d’évoluer au fil de la dramaturgie. On se surprend à rire, sursauter, être ému, ou même dégoûté, mais quoi qu’il se passe, nous sommes embarqués dans cette histoire. Christine Murillo est touchante de sincérité dans son rôle de mère épuisée mais aimante. Elle oscille à son tour entre comédie et drame, pour le plaisir des spectateurs.

La scénographie vient appuyer le réalisme de cette pièce, que j’ai personnellement vécu tel un film. Le tout est très cinématographique dans le visuel, le découpage, le rythme ou encore l’accompagnement musical. Ce spectacle raisonne d’ailleurs avec des longs métrages américains de la fin du XXème. Je pense instinctivement à Dolores Claiborne, de Taylor Hackford ou bien le roman Des souris et des hommes, de John Steinbeck. A petite dose, on retrouve, selon moi, l’ambiance de ces deux histoires.

Je conseille donc chaudement ce spectacle parfait en cette période de grève hivernale. Il vous permettra de vous évader l’espace d’une heure trente entre le mains de très bon comédiens.


La mouche – Les Bouffes du Nord > 1er Février 2020

http://www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/la-mouche

Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde | Laetitia Gonzalbes

Retrouvez ce spectacle en podcast Radio Campus

Il nous suffit d’entendre quelques notes pour reconnaître ce compositeur. Cela nous saute aux oreilles, cette rythmique, cette poésie musicale, si propre à lui.

Nous sommes Mercredi 30 octobre et je me rends au Théâtre de la Contrescarpe dans le 5ème arrondissement de Paris. Là-bas, j’ai rendez-vous avec un homme à 19h pétante. Une figure du paysage musical : Erik Satie.

Laetitia Gonzalbes nous livre un pièce de 1h10 qui nous fait rencontrer ce compositeur. On assiste à une entrevue entre lui et une jeune femme, son infirmière. Tantôt musicale, tantôt légère et surprenante, à l’image de Satie, cette fiction est une parenthèse, un petit moment de douceur esthétique et musicale, rempli d’émotion.

JENPENSEQUOI

Ce spectacle a été une véritable découverte pour moi. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je connaissais Erik Satie… Comme tout le monde ! Sans plus, mais suffisamment. Je ressors de ce spectacle très ému, comme transporté, dans un rêve, et les larmes me sont venues. Anaïs Yazit et Eliott Jenicot, une comédienne et un comédien formidables, généreux et talentueux, nous servent une interprétation riche et délicieuse. Une parenthèse l’espace d’un instant.

A ce texte bien pensé s’ajoute une scénographie intelligente et intéressante. A l’aide de Suki et son travail d’illustrations, nous sommes embarqués, un peu plus, dans un univers parallèle, comme plongé dans l’esprit de Satie, le décor se dessine au fil du spectacle, ses projection deviennent un troisième personnage, en dialogue avec les deux autres. Musique, illustrations et interprétations viennent s’assembler pour nous livrer une belle pièce, un beau moment, dans l’esprit d’un compositeur de talent.


Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde – Théâtre de la Contrescarpe > 06 Avril 2020

Plus d’informations en cliquant ici

https://www.billetreduc.com/245097/evt.htm

L’enfant qui criait au loup | L’insolente Compagnie

Création de la première promotion de la Classe Libre Comédie Musicale

Fin décembre 2019, L’insolente Compagnie a dévoilé au public l’intégralité de L’enfant qui criait au loup, projet qui est né un an plus tôt au sein du Théâtre Mogador et plus précisément de la Classe Libre Comédie Musicale Promotion I. Alors qu’on leur demande de réaliser une carte blanche, ces derniers se mettent en tête de créer une comédie musicale, à 18 ! Et le pari est réussi.

Écrite par Pierre Huntzinger et Maeva Mathon, cette pièce reprend et adapte à la scène et à un lycée le conte du Garçon qui criait au loup, d’Esope. La troupe nous plonge au sein de la classe de philosophie de Frantz Michalsky, professeur adoré et adulé par ses élèves. Ses paroles résonnent dans les esprits de chacun, ils sont tous liés et cet engouement les mènera loin, trop loin peut-être.

JENPENSEQUOI

Cette compagnie est issue d’une promotion liée et unie, et cela se sent. On retrouve sur scène une énergie commune, forte, qui résonne non seulement sur le plateau mais aussi dans le public. Le partage qui opère sur scène est beau à voir et se retrouve partagé avec les spectateurs. L’intrigue est puissante, nous emmenant dans un univers léger, drôle et énergique, des premières musiques pop et rythmées, aux sonorités d’Hamilton, mêlant le rap et les harmonies vocales, jusqu’à une ambiance lourde, pesante et très sincère. les deux auteurs, accompagnés de Nicolas Kaplyn, Rémi Palazy, Ambroise Divaret et Jacques Preiss, ont composé des musiques différentes, intelligemment harmonisées, au message parfois percutant, tantôt charmant, tantôt amusant, qui trottent dans nos esprits.

C’est cette évolution qui me semble intéressante dans cette écriture. On ne devine pas l’intrigue en quelques secondes, bien au contraire. On s’attache à certains personnages, on en déteste d’autres, on prend parti, puis notre esprit se retourne, on se sent trahi… On se laisse porter et surprendre par cette histoire qui ne peut que nous toucher.

Cannelle Petit, Léa Lopez, Alexandrine Rastier et Harry Hamaoui sont à la création chorégraphique et nous livrent une partition physique qui s’insère parfaitement dans le spectacle, créant une belle homogénéité entre chant, jeu et danse. On voudrait même voir plus de danse, qu’elle soit parfois moins cachée, avec des mouvements moins quotidiens. Que certains solos soient plus nombreux dans le spectacle, comme celui de Margaret, interprétée par Cannelle Petit et Alexandrine Rastier, magnifiquement amené, formant un contrepoint poétique au solo chanté d’un autre personnage.

Actuellement en évolution, ce spectacle était présenté pour trois représentations qui résonnaient comme des sorties de résidence. On a assisté à une étape de travail qui laisse apercevoir un vrai bijou, qui je l’espère ne fait que débuter sa route sur les planches…


L’enfant qui criait au loup – L’insolente Companie > 25 au 28 Mars 2020 | Théâtre de La Jonquière (Paris)

http://www.billetreduc.com/app/evt/257836

https://www.facebook.com/Lenfant-qui-criait-au-loup-704025236716574/

La vie de Galilée | Éric Ruf

Le retour à la simplicité et le texte au centre.

Mercredi 4 décembre, je me suis rendu à la Comédie Française, en salle Richelieu pour découvrir la nouvelle mise en scène de l’actuel administrateur de la maison de Molière : Éric Ruf. Cette fois-ci, il nous invite à découvrir ou redécouvrir La vie de Galilée, une pièce de Bertolt Brecht. Je connaissais les grandes lignes et certaines scènes de cette pièce mais ne l’avais jamais lu dans son intégralité. J’ai été séduit !

La pièce retrace le combat de Galilée dans un Monde qui refuse ses découvertes et son intelligence. Alors que le christianisme est à son apogée et que la Terre est considérée comme le centre de l’Univers, le mathématicien fait une découverte qui va faire avancer à grands pas les recherches de l’être humain. La Terre n’est pas un astre fixe, elle tourne autour du Soleil telle que la Lune tourne autour de la Terre. Or, rabaisser la Terre, que les catholiques considèrent comme la création de Dieu, au même rang que la Lune est impensable.

JENPENSEQUOI

Éric Ruf nous propose ici une mise en scène épurée dans une scénographie originale composées de toiles peintes gigantesques, reprenant les visages de saints et saintes, de peintres tels que Caravage, Rembrandt ou encore Raphaël. Galilée se retrouve au milieu de ces regards, comme prisonnier de ces tableau religieux. Les comédiens et comédiennes ne sont pas sonorisés, il n’y a pas de vidéo, pas d’effet de lumière hors norme, on se retrouve dans une mise en scène « à l’ancienne » qui fait du bien. Non pas que le théâtre contemporain est déplaisant, bien au contraire, mais un retour au texte et à la simplicité est un grand plaisir.

On est pris dans cette histoire, on se laisse transporter par ces formules, par la détresse d’un homme savant qui ne peut se faire entendre, le magnifique plafond de la salle Richelieu fait office de ciel étoilé, les acteurs sont vrais, justes et puissant. Les costumes, signés par un fidèle du « Français », Christian Lacroix viennent sublimer cette mise en scène qui ne m’aura pas laissé indemne.


La vie de Galilée – Comédie Française, Salle Richelieu > 19 Janvier 2020

https://www.comedie-francaise.fr/

Le gros diamant du Prince Ludwig | Gwen Aduh

Que se passerait-il si Georges Feydeau rencontrait Raymond De Vos et la compagnie des 26.000 Couverts ? On obtiendrait Le gros diamant du Prince Ludwig ! Une comédie brillantissime. L’absurde est poussé à son paroxysme, on rit aux éclats sans même savoir pourquoi. A la base de cette intrigue, il y a un Diamant, gardé dans une banque. Le Patron est vieillissant, sa secrétaire le soutient dans chaque épreuve et chaque discours. Le bruit court, le diamant est gardé dans une salle blindée et un voyou prévoit le casse du siècle. La fille du patron se retrouve dans le coup, et son petit ami aussi. Il s’en enchaine un va et vient de personnages, tout le monde joue tout le monde et personne ne sait qui est tout le monde. Vous avez compris cette phrase ? Non ? Et bien c’est l’idée de cette pièce.

JENPENSEQUOI

On se demande comment les comédiens et comédiennes tiennent ce rythme. C’est une parodie de boulevard à cent à l’heure. On rit aux éclats face à cette équipe délurée, les décors changent sous nos yeux, même cet instant se retrouve hilarant de bêtise et d’absurdité. Un décor penché à 90 degrés du sol, une scène où le même personnage est joué par trois comédiens, des cascades, les portes claquent, les quiproquos s’accentuent, on en perd les pédales, on en pleure de rire. Au milieu de ce capharnaüm, des chansons s’y glissent, accompagnées par un orchestre live tout aussi déjanté que le reste.

L’intrigue est menée avec brio, humour et légèreté, on oublie la vie et on s’abandonne le temps d’une soirée, alors un seul conseil, achetez vos billets !


Le gros diamant du Prince Ludwig – Théâtre le Palace

http://www.theatrelepalace.fr/

Funny Girl | Stephen Mear

Quand Broadway s’invite à Paris et apporte sa magie

Un an après sa réouverture, le Théâtre Marigny confirme sa place au sein des grands noms de producteurs de comédie musicale de la capitale. Alors que le Théâtre du Châtelet ravi son public avec le retour d’Un Américain à Paris en cette fin d’année 2019, Jean-Luc Choplin, directeur du Marigny nous propose cette année de découvrir pour la première fois à Paris Funny Girl, créé à Londres en 1964 par notamment Isobel Lennart, Bob Merrill et Garson Kanin, et qui raconte l’histoire vraie de Fanny Brice, rôle créé par Barbra Streisand, une star des Ziegfeld Follies, une suite de succès théâtraux dans le Broadway du début du XXème siècle. Alors qu’elle attend son mari à sa sortie de prison, elle se remémore son parcourt, comment en est-elle arrivée à l’artiste vedette qu’elle est devenue. Car au départ, c’est une femme qui n’entre pas dans les cases imposées par le milieu du spectacle. Elle est de petite taille, n’a pas les formes qu’impose le mannequinat ou la danse classique, et est considérée comme ingrate, ce qui la conduira aux moqueries et aux multiples refus. Malgré tout cela, Fanny s’accroche et ne perd pas son atout fort : son énergie folle et sa détermination, qui feront d’elle ce qu’elle est devenue.

JENPENSEQUOI

Ici, c’est l’impressionnante Christina Bianco qui reprend le rôle principal de cette épopée au cœur de Broadway. Elle est tout simplement exceptionnelle. Cette interprète nous dévoile un potentiel comique hors norme, une énergie décuplée à son maximum, un charisme fou, une voix de virtuose et un potentiel de danseuse impressionnant. En un mot, Christina Bianco nous livre ici une performance. Elle est entourée d’artistes généreux et exigeants, mis en valeur par la recréation et la nouvelle mise en scène de Stephen Mear, artiste britannique de renommée internationale, venu exprès pour l’occasion dans la ville lumière de l’hexagone.

Ashley Day, Rachel Stanley, Matthew Jeans, Mark Inscoe, Ashley Knight, Shirley Jameson et l’ensemble des quatorze autres artistes en scène viennent confirmer le succès de cette ouverture de Saison du Théâtre Marigny, avec des chorégraphies précises et dynamiques, des harmonies vocales sublimes et une envie de donner sans compter au public parisien.

Le tout est évidemment accompagné du formidable orchestre du Théâtre Marigny, qui vient à son tour apporter sa pierre à cet édifice en transportant les voix des interprètes pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Le seul bémol de ce spectacle est peut-être la prise de conscience qu’il produit chez nous. Face à une telle production, nous sommes contraint d’avouer qu’il est nécessaire de franchir la manche ou l’atlantique pour atteindre ce niveau d’excellence. Mais cela donne espoir à la nouvelle génération d’artistes de comédie musicale qui ont devant eux l’exemple à suivre pour que Paris puisse un jour s’inviter à Broadway.


Funny Girl – Théâtre Marigny > 07 mars 2020

Du Mardi au Vendredi à 20h | Samedi 15h & 20h | Dimanche 16h

https://www.theatremarigny.fr/