La Mouche | Valérie Lesort et Christian Hecq

Quand la sincérité s’offre au spectateur

Il est 20h15, la sublime salle des Bouffes du Nord se remplie petit à petit. Devant nous, une scénographie d’un réalisme bluffant. Une caravane est garée dans une cours, le long d’un grand garage, devancé d’un jardin d’herbes et de graviers. Christine Murillo, allias Odette apparaît dans son habitat, elle est d’une sincérité touchante, on s’attache à ce personnage de grand-mère bonne vivante. Elle vit avec son fils, Robert, interprété par le talentueux Christian Hecq. Tous deux ont un point commun : La Comédie Française. Si Christine Murillo a quitté la maison de Molière en 1988, celui qui interprète ici son fils en fait toujours partie. Robert est un passionné de sciences et d’atomes. Il travaille sur la téléportation, au plus grand questionnement de Marie-Pierre, interprété par la co-metteuse en scène, Valérie Lesort. Tout cela va déraper et c’est l’Inspecteur Langelaan, alias Stephan Wojtowicz qui est chargé de s’occuper de l’affaire.

JENPENSEQUOI

Quelle joie de recevoir le cadeau que nous offre les quatre comédiennes et comédiens au plateau, une interprétation sincère, drôle, parfois déroutante, voir dérangeante de cette intrigue d’une France profonde de la fin du XXème siècle. Christian Hecq réalise ici une performance d’interprétation et de travail corporel. Il est transcendé par un personnage qui ne cesse d’évoluer au fil de la dramaturgie. On se surprend à rire, sursauter, être ému, ou même dégoûté, mais quoi qu’il se passe, nous sommes embarqués dans cette histoire. Christine Murillo est touchante de sincérité dans son rôle de mère épuisée mais aimante. Elle oscille à son tour entre comédie et drame, pour le plaisir des spectateurs.

La scénographie vient appuyer le réalisme de cette pièce, que j’ai personnellement vécu tel un film. Le tout est très cinématographique dans le visuel, le découpage, le rythme ou encore l’accompagnement musical. Ce spectacle raisonne d’ailleurs avec des longs métrages américains de la fin du XXème. Je pense instinctivement à Dolores Claiborne, de Taylor Hackford ou bien le roman Des souris et des hommes, de John Steinbeck. A petite dose, on retrouve, selon moi, l’ambiance de ces deux histoires.

Je conseille donc chaudement ce spectacle parfait en cette période de grève hivernale. Il vous permettra de vous évader l’espace d’une heure trente entre le mains de très bon comédiens.


La mouche – Les Bouffes du Nord > 1er Février 2020

http://www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/la-mouche

Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde | Laetitia Gonzalbes

Retrouvez ce spectacle en podcast Radio Campus

Il nous suffit d’entendre quelques notes pour reconnaître ce compositeur. Cela nous saute aux oreilles, cette rythmique, cette poésie musicale, si propre à lui.

Nous sommes Mercredi 30 octobre et je me rends au Théâtre de la Contrescarpe dans le 5ème arrondissement de Paris. Là-bas, j’ai rendez-vous avec un homme à 19h pétante. Une figure du paysage musical : Erik Satie.

Laetitia Gonzalbes nous livre un pièce de 1h10 qui nous fait rencontrer ce compositeur. On assiste à une entrevue entre lui et une jeune femme, son infirmière. Tantôt musicale, tantôt légère et surprenante, à l’image de Satie, cette fiction est une parenthèse, un petit moment de douceur esthétique et musicale, rempli d’émotion.

JENPENSEQUOI

Ce spectacle a été une véritable découverte pour moi. Je ne savais pas à quoi m’attendre, je connaissais Erik Satie… Comme tout le monde ! Sans plus, mais suffisamment. Je ressors de ce spectacle très ému, comme transporté, dans un rêve, et les larmes me sont venues. Anaïs Yazit et Eliott Jenicot, une comédienne et un comédien formidables, généreux et talentueux, nous servent une interprétation riche et délicieuse. Une parenthèse l’espace d’un instant.

A ce texte bien pensé s’ajoute une scénographie intelligente et intéressante. A l’aide de Suki et son travail d’illustrations, nous sommes embarqués, un peu plus, dans un univers parallèle, comme plongé dans l’esprit de Satie, le décor se dessine au fil du spectacle, ses projection deviennent un troisième personnage, en dialogue avec les deux autres. Musique, illustrations et interprétations viennent s’assembler pour nous livrer une belle pièce, un beau moment, dans l’esprit d’un compositeur de talent.


Je m’appelle Erik Satie comme tout le monde – Théâtre de la Contrescarpe > 06 Avril 2020

Plus d’informations en cliquant ici

https://www.billetreduc.com/245097/evt.htm

L’enfant qui criait au loup | L’insolente Compagnie

Création de la première promotion de la Classe Libre Comédie Musicale

Fin décembre 2019, L’insolente Compagnie a dévoilé au public l’intégralité de L’enfant qui criait au loup, projet qui est né un an plus tôt au sein du Théâtre Mogador et plus précisément de la Classe Libre Comédie Musicale Promotion I. Alors qu’on leur demande de réaliser une carte blanche, ces derniers se mettent en tête de créer une comédie musicale, à 18 ! Et le pari est réussi.

Écrite par Pierre Huntzinger et Maeva Mathon, cette pièce reprend et adapte à la scène et à un lycée le conte du Garçon qui criait au loup, d’Esope. La troupe nous plonge au sein de la classe de philosophie de Frantz Michalsky, professeur adoré et adulé par ses élèves. Ses paroles résonnent dans les esprits de chacun, ils sont tous liés et cet engouement les mènera loin, trop loin peut-être.

JENPENSEQUOI

Cette compagnie est issue d’une promotion liée et unie, et cela se sent. On retrouve sur scène une énergie commune, forte, qui résonne non seulement sur le plateau mais aussi dans le public. Le partage qui opère sur scène est beau à voir et se retrouve partagé avec les spectateurs. L’intrigue est puissante, nous emmenant dans un univers léger, drôle et énergique, des premières musiques pop et rythmées, aux sonorités d’Hamilton, mêlant le rap et les harmonies vocales, jusqu’à une ambiance lourde, pesante et très sincère. les deux auteurs, accompagnés de Nicolas Kaplyn, Rémi Palazy, Ambroise Divaret et Jacques Preiss, ont composé des musiques différentes, intelligemment harmonisées, au message parfois percutant, tantôt charmant, tantôt amusant, qui trottent dans nos esprits.

C’est cette évolution qui me semble intéressante dans cette écriture. On ne devine pas l’intrigue en quelques secondes, bien au contraire. On s’attache à certains personnages, on en déteste d’autres, on prend parti, puis notre esprit se retourne, on se sent trahi… On se laisse porter et surprendre par cette histoire qui ne peut que nous toucher.

Cannelle Petit, Léa Lopez, Alexandrine Rastier et Harry Hamaoui sont à la création chorégraphique et nous livrent une partition physique qui s’insère parfaitement dans le spectacle, créant une belle homogénéité entre chant, jeu et danse. On voudrait même voir plus de danse, qu’elle soit parfois moins cachée, avec des mouvements moins quotidiens. Que certains solos soient plus nombreux dans le spectacle, comme celui de Margaret, interprétée par Cannelle Petit et Alexandrine Rastier, magnifiquement amené, formant un contrepoint poétique au solo chanté d’un autre personnage.

Actuellement en évolution, ce spectacle était présenté pour trois représentations qui résonnaient comme des sorties de résidence. On a assisté à une étape de travail qui laisse apercevoir un vrai bijou, qui je l’espère ne fait que débuter sa route sur les planches…


L’enfant qui criait au loup – L’insolente Companie > 14 au 17 Octobre 2020 | Théâtre de La Jonquière (Paris)

http://www.billetreduc.com/app/evt/257836

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