Le gros diamant du Prince Ludwig | Gwen Aduh

Que se passerait-il si Georges Feydeau rencontrait Raymond De Vos et la compagnie des 26.000 Couverts ? On obtiendrait Le gros diamant du Prince Ludwig ! Une comédie brillantissime. L’absurde est poussé à son paroxysme, on rit aux éclats sans même savoir pourquoi. A la base de cette intrigue, il y a un Diamant, gardé dans une banque. Le Patron est vieillissant, sa secrétaire le soutient dans chaque épreuve et chaque discours. Le bruit court, le diamant est gardé dans une salle blindée et un voyou prévoit le casse du siècle. La fille du patron se retrouve dans le coup, et son petit ami aussi. Il s’en enchaine un va et vient de personnages, tout le monde joue tout le monde et personne ne sait qui est tout le monde. Vous avez compris cette phrase ? Non ? Et bien c’est l’idée de cette pièce.

JENPENSEQUOI

On se demande comment les comédiens et comédiennes tiennent ce rythme. C’est une parodie de boulevard à cent à l’heure. On rit aux éclats face à cette équipe délurée, les décors changent sous nos yeux, même cet instant se retrouve hilarant de bêtise et d’absurdité. Un décor penché à 90 degrés du sol, une scène où le même personnage est joué par trois comédiens, des cascades, les portes claquent, les quiproquos s’accentuent, on en perd les pédales, on en pleure de rire. Au milieu de ce capharnaüm, des chansons s’y glissent, accompagnées par un orchestre live tout aussi déjanté que le reste.

L’intrigue est menée avec brio, humour et légèreté, on oublie la vie et on s’abandonne le temps d’une soirée, alors un seul conseil, achetez vos billets !


Le gros diamant du Prince Ludwig – Théâtre le Palace

http://www.theatrelepalace.fr/

Funny Girl | Stephen Mear

Quand Broadway s’invite à Paris et apporte sa magie

Un an après sa réouverture, le Théâtre Marigny confirme sa place au sein des grands noms de producteurs de comédie musicale de la capitale. Alors que le Théâtre du Châtelet ravi son public avec le retour d’Un Américain à Paris en cette fin d’année 2019, Jean-Luc Choplin, directeur du Marigny nous propose cette année de découvrir pour la première fois à Paris Funny Girl, créé à Londres en 1964 par notamment Isobel Lennart, Bob Merrill et Garson Kanin, et qui raconte l’histoire vraie de Fanny Brice, rôle créé par Barbra Streisand, une star des Ziegfeld Follies, une suite de succès théâtraux dans le Broadway du début du XXème siècle. Alors qu’elle attend son mari à sa sortie de prison, elle se remémore son parcourt, comment en est-elle arrivée à l’artiste vedette qu’elle est devenue. Car au départ, c’est une femme qui n’entre pas dans les cases imposées par le milieu du spectacle. Elle est de petite taille, n’a pas les formes qu’impose le mannequinat ou la danse classique, et est considérée comme ingrate, ce qui la conduira aux moqueries et aux multiples refus. Malgré tout cela, Fanny s’accroche et ne perd pas son atout fort : son énergie folle et sa détermination, qui feront d’elle ce qu’elle est devenue.

JENPENSEQUOI

Ici, c’est l’impressionnante Christina Bianco qui reprend le rôle principal de cette épopée au cœur de Broadway. Elle est tout simplement exceptionnelle. Cette interprète nous dévoile un potentiel comique hors norme, une énergie décuplée à son maximum, un charisme fou, une voix de virtuose et un potentiel de danseuse impressionnant. En un mot, Christina Bianco nous livre ici une performance. Elle est entourée d’artistes généreux et exigeants, mis en valeur par la recréation et la nouvelle mise en scène de Stephen Mear, artiste britannique de renommée internationale, venu exprès pour l’occasion dans la ville lumière de l’hexagone.

Ashley Day, Rachel Stanley, Matthew Jeans, Mark Inscoe, Ashley Knight, Shirley Jameson et l’ensemble des quatorze autres artistes en scène viennent confirmer le succès de cette ouverture de Saison du Théâtre Marigny, avec des chorégraphies précises et dynamiques, des harmonies vocales sublimes et une envie de donner sans compter au public parisien.

Le tout est évidemment accompagné du formidable orchestre du Théâtre Marigny, qui vient à son tour apporter sa pierre à cet édifice en transportant les voix des interprètes pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Le seul bémol de ce spectacle est peut-être la prise de conscience qu’il produit chez nous. Face à une telle production, nous sommes contraint d’avouer qu’il est nécessaire de franchir la manche ou l’atlantique pour atteindre ce niveau d’excellence. Mais cela donne espoir à la nouvelle génération d’artistes de comédie musicale qui ont devant eux l’exemple à suivre pour que Paris puisse un jour s’inviter à Broadway.


Funny Girl – Théâtre Marigny > 07 mars 2020

Du Mardi au Vendredi à 20h | Samedi 15h & 20h | Dimanche 16h

https://www.theatremarigny.fr/

Elephant Man | David Bobée

Retrouvez cet article en podcast Radio Campus

Le 03 Octobre, j’ai assisté à la première de Elephant Man, au théâtre des Folies Bergères dans le neuvième arrondissement de Paris. Ce spectacle est adapté du film de David Lynch, sorti en 1980, lui-même adapté des mémoires de Frederick Treves, le médecin qui prit en charge Joseph Merrick, surnommé « Elephant Man » du fait de ses nombreuses difformités. C’est Bernard Pomerance qui a signé l’adaptation théâtrale à Broadway juste avant la sortie du film.

Ici, c’est David Bobée qui signe la mise en scène, avec dans le rôle-titre JoeyStarr, dans le rôle du médecin Christophe Grégoire, et dans le rôle de Mrs Kendale Béatrice Dalle. On retrouve également plusieurs artistes avec qui le metteur en scène à l’habitude de travailler, Clémence Ardoin, Gregori Miège, Radouan Leflahi… Au total, ils sont onze sur scène.

JENPENSEQUOI

C’est un très bon spectacle. Je ne vais pas vous cacher que j’y allais avec d’énorme attentes et un peu d’appréhension. C’est le gros spectacle de la rentrée théâtrale, c’est une communication visuelle dans tout le métro parisien, la réunion de deux amants à la vie qui deviennent amants à la scène, c’est David Bobée, metteur en scène reconnu et engagé, que j’apprécie particulièrement, beaucoup d’éléments qui font de ce spectacle un évènement.

Joeystarr est parfait dans le rôle de Merrick, il a la présence scénique, il a toute une vie mouvementée derrière lui, une voix qui nous transporte à l’aide d’une résonnance dans les graves, d’une puissance qui lui est vraiment propre. Christophe Grégoire est excellent de justesse dans son rôle que je considère comme le rôle principal, même si ce n’est pas le rôle-titre. Il a une aisance dans son jeu, une sincérité qui s’installe avec Merrick, on croit vraiment à cette histoire. Béatrice Dalle a, comme à son habitude une aura formidable, une présence et une élégance. Elle est le personnage. Cette comédienne charmeuse, célèbre, envoutante, qui tombe folle amoureuse de l’homme éléphant. Sans oublier les autres artistes qui tiennent leurs rôles parfaitement avec une puissance propre au travail du metteur en scène.

La scénographie, grandiose, se trouve dans un juste milieu entre cellule, hôpital et salle d’observation, l’immensité des murs vient rendre plus fort encore la présence de John Merrick dans cette pièce, il est constamment observé, le tout agrémenté d’un travail de projection formidablement bien réalisé, qui représente la folie du personnage, et qui nous plonge au sein de son cerveau et vient détruire le visage de Merrick.

On est dans une esthétique encore différente de Peer Gynt, de Lucrèce Borgia ou encore de Viril. On trouve des similitudes avec le travail de Thomas Ostermeier, ou de Ivo Van Hove, dans le côté intimiste et réaliste au sein d’un spectacle imposant dans sa forme.

Le seul petit bémol est le prix des places. On est dans le privé, aux folies bergères et donc il faut compter 39€ pour une 3ème catégorie. C’est un certain budget mais je trouve honnêtement que c’est un bon investissement, ne serait-ce que pour voir réunis au théâtre ces deux bêtes de scène.


Elephant Man – Folies Bergère > 14 décembre 2019, puis en tournée.

http://bemyproductions.com/elephant-man/